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CENTRE CULTUREL BOUDDHISTE
JODO-SHINSHU HARRY PIEPER

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JODO-SHINSHU HARRY PIEPER


Brochure n°10 au format PDF 436.0 ko

À l’époque de la perfection de la Loi - les 500 années qui suivirent la mort du Bouddha -, l’enseignement, la pratique et la Réalisation furent à la portée du pouvoir personnel de l’homme. À l’époque de la Loi contrefaite - qui dura mille ans -, l’enseignement et la pratique perdurèrent, mais il ne fut plus possible à l’homme d’obtenir la Réalisation en se fondant sur son pouvoir personnel. À l’époque de la décadence de la Loi - d’une durée de dix mille ans -, l’enseignement perdure (en particulier l’enseignement traitant du Pouvoir Autre du Bouddha Amida, lequel transfère sa Réalisation et tous ses mérites à la personne qui s’en remet à lui en pensant à lui et en disant son Nom : Namu Amida Butsu ! ne serait-ce même qu’une seule fois ; une personne qui obtient aussitôt un cœur adamantin incorruptible jusqu’au terme de sa vie et qui à sa mort Naît dans la Terre Pure de ce Bouddha ; une Terre Pure pareille au Suprême Nirvana où elle devient aussitôt Bouddha) mais la pratique et la Réalisation sont désormais hors de portée de l’homme. À l’époque de la disparition de la Loi - qui durera 5'670'000'000 d’années -, il est rapporté que seul le véritable enseignement de la Terre Pure perdurera, et qu’il profitera aux êtres vivants cent ans après l’extinction de la Loi.

Les quatre époques de la Loi sont à resituer dans un cadre plus large : l’astronomique époque des cinq corruptions : corruption du cycle cosmique, de la vie, de l’homme, des conceptions, des passions (avec leurs suites : famines, épidémies, fer/guerres). L’époque des cinq corruptions est à resituer elle aussi dans un cadre plus large : le Kalpa Vivrittâvastha dans lequel le monde étant apparu subsiste. Ce kalpa comprend vingt petits kalpa (antha kalpa) partagés en deux : les demi kalpa d’augmentation, déterminés par l’allongement de la vie humaine de sept à septante milles ans ; les demi kalpa de diminution, déterminés par le raccourcissement de la vie humaine de septante mille à sept ans, ces demi kalpa se suivant en alternance. Vient ensuite le Kalpa de durée, avec ses vingt petits kalpa. Puis vient le Kalpa de disparition, avec ses vingt petits kalpa. Finalement le monde devient vide, durant également vingt petits kalpa. Alors, un nouveau Triple Monde (monde du désir, de la forme, du sans-forme) s’organise, en commençant par la base, avec l’apparition d’un cercle de vent, d’un cercle d’eau, de feu, etc. (6)

De-même, le symbole de la croix prolongée par un cercle la délimitant se prête bien à la mise en perspective de conceptions qui légitiment et fondent la pratique d’un art sacré. Un sculpteur de Bouddha (par exemple) inscrit dans un canal de transmission régulier apprend que quatre éléments fondent l’art sacré qu’il met en œuvre : une doctrine spirituelle, des formes, des techniques, des matières. Au fil du temps : I) la doctrine (qui donne son caractère légitime, harmonieux, régulier, bien fondé à l’ensemble) se corrompt mais les formes, les techniques, les matières perdurent ; II) les formes se corrompent mais les techniques et les matières perdurent ; III) les techniques se corrompent mais les matières perdurent ; IV) finalement, les matières se corrompent elles aussi. Ce processus se déroule à des rythmes et selon des combinaisons variés.

Le lecteur est maintenant bien équipé pour répondre à nombre de problèmes historiques et d’actualité. Il lui sera aisé, notamment, de resituer le phénomène colonial occidental dans une perspective japonaise traditionnelle. Il remarquera alors que le premier débarquement des Occidentaux sur les côtes nippones (des marchands portugais et des missionnaires jésuites ; une association susceptible de produire dans l’esprit des Japonais du temps, en particulier chez des bonzes de haute culture, une impression mitigée concernant les fins réelles poursuivies par les chrétiens) survint à l’époque de la décadence de la Loi, une décadence que les Occidentaux concourront dès-lors à aggraver, à accélérer, par l’imposition plus ou moins ouvertement violente de leur civilisation désacralisée, profanatrice par nature.

Le lecteur comprendra ainsi sans difficulté le regard qu’un bonze bouddhiste (par exemple, rattaché au Jôdo-Shinshû, à la Véritable Ecole de la Terre Pure) respectueux et fier de son héritage spirituel porte sur les mégalopoles de type occidental qui recouvrent une partie importante des terres habitables de son pays. De-même, il comprendra ce que ce bonze pense de nouvelles technologies digitales de communication qui, par leurs structures et leurs effets, paraissent fort proches des pires contre-icônes qu’il soit possible de concevoir, pour peu que ces phénomènes « transhumanistes » soit scrutés d’après les règles présidant à la reproduction de l’image du Bouddha.


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