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CENTRE CULTUREL BOUDDHISTE
JODO-SHINSHU HARRY PIEPER

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JODO-SHINSHU HARRY PIEPER


Brochure n°10 au format PDF 436.0 ko

Pour conclure, mettons en œuvre un moyen qui nous permette de « mesurer », en quelque sorte, la « distance » séparant : I) l’ambiance spirituelle reflétée par la société traditionnelle japonaise au début de l’époque Kamakura (soit, deux siècles après l’entrée dans l’époque de la décadence de la Loi, qui eut lieu en 1052 de notre ère), ainsi que cette ambiance intériorisée par une personne : un bonze sculpteur de Bouddha  vivant à Kyôto ; II) l’ambiance spirituelle reflétée par une mégalopole japonaise au XXIème siècle, ainsi que cette ambiance intériorisée par une personne : Mara San, un vendeur d’ordinateurs et de téléphones portables vivant à Tokyô.

I) L’entrée dans l’époque de la décadence de la Loi amena une prise de conscience aigüe de l’importance d’une réforme des pratiques bouddhiques (abandon de la Voie des Saints et de ses pratiques difficiles fondées sur le pouvoir personnel de l’homme ; adoption de la Voie de la Terre Pure et de sa pratique facile de la confiance placée dans le Pouvoir Autre du Bouddha Amida), une réforme qui s’imposa bientôt comme une vague de fond, ainsi que la vie spirituelle et séculière, la littérature, la sculpture, la peinture, l’architecture en ont témoigné.

Dans ce contexte, notre bonze, accessoirement sculpteur de Bouddha, fort de l’intuition lumineuse que le Samsara est Nirvana, ravi par la Sublime Beauté et le Suprême Bonheur de la Terre de Pureté pareille au Suprême Nirvana, se voue à présenter à tous les êtres qu’il peut, par tous les moyens les mieux adaptés qu’il peut, à sa modeste mesure, cette panacée contre la douleur de la naissance et de la mort que sont l’Eveil Suprême et tous les bénéfices spirituels réalisés par le Bouddha Amida et que cet Honoré transfère à tous les êtres au moyen de son Nom (7), son Nom illuminant les mondes dans les dix directions de la Parfaite Sagesse réalisée par tous les Bouddha, son Nom faisant don à tous les êtres, sans en oublier aucun, de la Grande Compassion réalisée par tous les Bouddha.

Lorsqu’il sculpte, notre bonze témoigne que la nature de Bouddha se trouve dans les éléments, dans le bois, dans l’outil, prolongement direct de cette main et de ce bras qui transfèrent de la façon la plus immédiate l’intention œuvrant au Cœur de son cœur : le Cœur du Bouddha Amida, le Cœur de l’Ainsi-Allé de Lumière Sans Obstacle Emplissant Les Dix Quartiers. « L’image du Bouddha se reflète ainsi spontanément dans le bois !» répond-il, lorsqu’il est questionné sur sa pratique.

II) De nos jours, à Tokyô (il est inutile de décrire l’ambiance de cette « ville »), Mara San, au paroxysme de l’aliénation ultramoderne, obnubilé par l’idée de faire fortune, croit pouvoir hâter la réalisation de son rêve éveillé en se projetant au fond des écrans de nouvelles technologies de « communication » avec lesquels il semble déjà se confondre, des technologies qu’il n’a de cesse de vendre, douze heures par jours, six jours par semaine. Son rêve ? Se faire incorporer un maximum de technologies trans(infra)humanistes. Mara San tient en effet le pari que les humains obtiendront des super-pouvoirs en développant des technologies hypersophistiquées leur permettant de développer des technologies hyper-hypersophistiquées leur permettant de développer des technologies hyper-hyper-hypersophistiquées en un temps toujours plus court. Alors, en se les appliquant, les humains réaliseront la transcendance. Enfin, lui et ceux qui pourront s’offrir ces merveilleuses « augmentations ». Au centre de la vitrine de son magasin, dans un autel domestique entouré d’une spirale d’ordinateurs, Mara San a placé une statue ancienne, repeinte en vert-fluo, d’Aizen Myô-ô, Roi des passions (car il sait les contrôler), un Honoré de forme irritée du bouddhisme ésotérique. Enfin, ce qu’il reste de la forme canonique d’Aizen Myô-ô… Car Mara San à fait remplacer les six bras de cet Honoré, ses trois yeux, ses crocs et les autres attributs symbolisant la transmutation des passions en moyen de Libération par des prothèses difficilement identifiables, mais dans lesquelles tout regard bien orienté discerne une extrême laideur, de la futilité et d’inquiètes prétentions.

La « distance » entre ces deux époques ayant été « mesurée » par la simplicité et la sophistication de leurs outils respectifs, souhaitant présenter au lecteur un moyen de libération spirituel vraiment adapté à notre temps, je me permets d’attirer son attention sur la médaille reproduite en haut de la première page. Celle-ci représente un diamant (l’incorruptibilité de la Parfaite Sagesse connaissant le meilleur moyen de libérer tous les êtres) placé au centre d’une fleur de lotus (la Grande Compassion faisant don de la Parfaite Sagesse à tous les êtres) dont les huit pétales (l’octuple sentiers menant à l’Eveil) trouvent leur plein épanouissement (leur but) dans le Bouddha Amida, cœur de la formule NAMO AMIDA BUTSU !

Révérend G. Bezençon


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